Psychothérapie ou coaching ?

À mon cabinet, quand j’ai affiché que j’étais Psychologue clinicienne et Coach, j’ai commencé à recevoir des appels de personnes qui me disaient vouloir spécifiquement un accompagnement en coaching ou, au contraire, qui préféraient un travail thérapeutique classique.

Or, après quelques échanges, je m’apercevais bien souvent que ceux qui voulaient se diriger vers un coaching avaient davantage besoin d’un accompagnement thérapeutique, tandis que ceux qui étaient attirés par l’introspection et la compréhension de leurs blocages avaient plutôt besoin d’un coaching.

Pourquoi cela ? Qu’est-ce que cela venait mettre en lumière ?

Cela révélait le fait que la plupart du temps chacun cherche à rester dans sa zone de confort ; y compris et peut-être surtout quand on ne va pas bien. Or, pour certains, rester dans sa zone de confort signifie faire travailler son intellect, analyser, réfléchir, tout décortiquer… et éviter les actions qui seraient sources d’anxiété. Tandis que pour d’autres, rester dans sa zone de confort, c’est agir, se forcer, se confronter, là où s’arrêter et ressentir ses émotions, sa tristesse, sa colère, sa peur, serait trop angoissant.

Tout est finalement une question d’angoisse, et de façon d’éviter de réveiller ces angoisses.

Les psychanalyses qui durent des années sont-elles réellement efficaces ?

C’est pour cette raison que les coachs caricaturent souvent les psychanalyses comme des lieux où les patients se rendent pendant des dizaines d’années sans constater la moindre évolution dans leur vie ; et que, de leur côté, les psychanalystes dénoncent souvent les coachings comme des accompagnements superficiels qui n’apportent pas de réelle connaissance de soi et ne produisent donc pas de changements en profondeur.

Il n’y a pas de fumée sans feu, et je dirais que les deux accusations peuvent être vraies parfois. Tout dépend du professionnel en face de vous et de ses compétences par rapport à ce qui vous préoccupe, comme toujours. Il y a de très bons psychanalystes, psychologues cliniciens ou coachs, comme il y en a de moins expérimentés et compétents.

Mais c’est certain qu’une analyse ou une thérapie qui dure des années n’est bénéfique que si vous sentez que vous progressez et que vous êtes de plus en plus autonome au fil des mois. Si vous avez “besoin” de votre thérapeute de façon vitale après des années de travail avec lui, c’est que vous avez créé non pas un lien thérapeutique, mais un lien de dépendance qui vous immobilise dans le confort et la sécurité de son cabinet. Rien n’est résolu. Vos séances tournent à vide.

À l’inverse, un coaching dans lequel vous mettez votre coach sur un piédestal, où vous n’imaginez pas possible de ne pas être d’accord avec lui, et où il vous est impossible de parler de vos angoisses, ou de votre procrastination, n’est certainement pas efficace. Car vous ne travaillez alors avec votre coach que sur votre Moi superficiel – c’est-à-dire sur l’image que vous donnez aux autres – et pas sur celui ou celle que vous êtes réellement avec vos peurs, vos blessures, vos angoisses, votre tristesse, votre colère… toutes ces partie cachées de vous qui ont besoin d’être écoutées avec considération et respect, et d’être guéries.

Les thérapies à orientation analytique, celles que vous faites avec un psychanalyste ou un psychologue clinicien, ont cette immense qualité de vous accueillir tel que vous êtes, sans vous demander de donner une image positive de vous. On ne vous demande pas de sélectionner ce que vous allez dire, ni de masquer certaines parties de vous qui ne seraient pas acceptables. C’est au contraire un espace où l’on vous invite à parler de tout ce que vous ne confieriez jamais à votre voisin, et parfois pas même à votre conjoint. C’est un espace où vous n’êtes pas sous pression pour avancer et fournir des résultat. Le thérapeute va être à l’écoute de votre rythme, et il va vous aider à prendre conscience de vos peurs cachées, et de tout ce qui vous freine pour aller mieux.

Les thérapeutes sont patients et bienveillants. Parfois trop, et c’est l’excès de maternel qui conduit alors aux caricatures que l’on connait. Parce qu’en tant que patient, vous avez aussi besoin d’être poussé hors de votre zone de confort pour progresser et regarder avec honnêteté ce que vous ne voulez pas révéler qui pourtant a besoin d’être abordé.

Les risques des coachings trop directifs

Les coachs, d’un autre côté, vont vous pousser dans vos retranchements et souvent soulever des voiles que vous tentez ardemment de maintenir baissés. Ils veulent vous voir agir et mesurer vos résultats.

Ceux que je vous conseille vivement d’éviter n’aiment pas beaucoup que vous parliez de vous ou de vos émotions, de vos doutes, ou que vous analysiez votre fonctionnement ou vos relations.

Fuyez-les, car d’une part, ils se connaissent mal eux-mêmes et ont peur de leurs propres zones d’ombre, ils ne vous seront donc d’aucune utilité pour progresser sur les vôtres ; et d’autre part, ils vont vous pousser à mentir, à leur dire ce qu’ils veulent entendre plutôt que ce vous êtes réellement. Ils vont valoriser les “bonnes réponses” plutôt que les vraies réponses. Ils vont vous amener à construire une image socialement acceptée de vous-même, ce qui n’aura pour effet que de vous couper un peu plus de votre vraie personnalité et donc de vos talents profonds. Et vous comprendrez que si vous montrez vos vulnérabilités, cela suscitera le mépris, le rejet ou les sarcasmes. Vous allez donc apprendre, à leur contact, à trier ce que vous montrez de vous, donc à rejeter un peu plus les parties de vous qui ne seraient pas suffisamment dignes ni valables à leurs yeux.

Ne laissez jamais quelqu’un vous dire ce qui est bien chez vous ou ne l’est pas, ce qui est aimable ou ce qui ne l’est pas.

En revanche, les très bons coachs ont cet atout indéniable qu’ils vont vous réconcilier avec votre masculin et votre affirmation de vous. Ils vont vous apprendre à sortir de votre zone de confort, et à dépasser vos peurs, en découvrant que vous avez beaucoup plus de ressources que vous ne le pensez pour les surmonter. Vous ne vous sentirez pas honteux d’avoir peur ni de l’avouer face à eux. Au contraire, ils vont vous apprendre à dépasser ces peurs progressivement et à devenir de plus en plus confiant face à elles. Ils sauront vous dire quand vous vous mentez à vous-même. Ces coachs jouent le même rôle qu’un père symbolique qui pousse ses enfants à sortir de la maison, à tenter une nouvelle chose, et à affronter l’inconnu, car il sait que vous êtes capable de le faire. Il croit en vous et a ménagé des étapes progressives qui vont vous permettre de vous révéler à vous-même et au monde.

Le thérapeute, de son côté, ressemble davantage à une mère bienveillante qui vous entoure de amour inconditionnel et de sa patience, et il est plus rare qu’il joue ce même rôle paternel tout aussi déterminant.

De quel type d’accompagnement avez-vous besoin ?

Celui dont vous avez besoin, c’est celui qui saura vous faire travailler sur vos angoisses – quelle que soit sa méthode – et qui vous aidera à les apprivoiser et les diminuer. Car le problème que vous rencontrez est toujours causé par des peurs et des façons de vous en protéger qui finissent par vous porter préjudice et causer des effets secondaires handicapants dans votre vie.

Pour retrouver de l’apaisement, de la liberté et de l’épanouissement, vous avez besoin de diminuer vos peurs et de vous sentir plus à l’aise dans les situations qui les active. Que ce soit une peur du rejet, du jugement des autres, une peur de l’échec, de ne pas être à la hauteur, une peur de vous sentir diminué, dépendant des autres, ou humilié, une peur de la solitude, une peur d’être débordé par vos émotions et de perdre le contrôle etc. Quelle que soit la peur à l’origine, seul le fait de l’apprivoiser et de diminuer son intensité va vous soulager, vous permettre de retrouver confiance en vous, et d’y voir plus clair sur la conduite à tenir et les choix à faire.

Et chaque approche a sa théorie sur la façon d’y parvenir. Chaque approche a ses avantages et ses limites. Et chaque thérapeute ou coach également. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaise méthode. Les deux seules questions à vous poser sont :

  • De quel type d’accompagnement pensez-vous avoir besoin ?
  • Et, que cherchez-vous à éviter ? Qu’est-ce qui vous met mal à l’aise ?

Par exemple, vous pouvez sentir que vous avez besoin de bienveillance, que l’on vous écoute sans jugement, et que l’on vous aide à mieux comprendre ce qu’il se passe en vous, que ce soit au niveau de vos émotions ou de vos relations.

Vous n’avez peut-être pas envie d’être bousculé pour le moment. Vous n’avez d’ailleurs peut-être pas l’énergie aujourd’hui pour agir, parce que vous traversez un burn out et que vous avez surtout besoin de vous requinquer dans un premier temps, et d’apprendre ensuite à écouter vos besoins et à prendre soin de vous parce que vous vous êtes négligé jusqu’à présent. Ce n’est pas le moment d’agir à l’extérieur, mais au contraire de vous poser et d’aller comprendre ce qu’il se passe en vous, d’apprendre à vous comprendre et à vous aimer mieux, avec plus de douceur.

À l’inverse, vous pouvez vous trouver dans un moment où vous sentez que vous tournez en rond dans votre tête et que rien n’avance, parce qu’en réalité ce dont vous avez besoin c’est que l’on vous aide à dépasser vos peurs et à agir concrètement. À sortir de vos rêveries pour passer à l’action, pour matérialiser vos projets. Vous avez besoin d’être soutenu activement et encouragé, pas d’être materné, ni que celui qui est en face de vous se laisser berner par vos explications nébuleuses concernant votre procrastination. Vous avez besoin de quelqu’un de ferme, de carré, et de clairvoyant, qui saura débusquer vos peurs.

Dans les deux cas, si vous avez conscience de cela, vous savez exactement ce dont vous avez besoin, il ne vous reste plus qu’à trouver quelqu’un avec qui vous vous sentez en confiance et dont vous percevez intuitivement qu’il peut vous aider efficacement.

Travailler sur vos peurs profondes

Mais il est très fréquent de ne pas être aussi lucide sur soi, et la question importante va être : qu’est-ce qui vous met le plus mal à l’aise : un coaching ou un travail thérapeutique avec un psychologue ? Et mon conseil ne va pas vous plaire. En effet, c’est précisément là où vous n’avez pas envie d’aller qu’il va falloir vous diriger. C’est ce dont vous avez probablement le plus besoin et qui vous sera le plus utile pour aller mieux.

sortir de sa zone de confort et affronter ses peurs

Si vous préférez réfléchir tranquillement en face à face dans un fauteuil à vos blocages et aux blessures qui sont toujours actives et douloureuses, il est évident que ce dont vous avez le plus besoin c’est d’affronter vos peurs et de vous en rapprocher par l’action, pour apprendre à prendre confiance en vous et découvrir que plus vous agissez, plus vos peurs diminuent. Parler, encore et encore, ne servira à rien. C’est une fuite qui vous sert à éviter de vous approcher de ce qui vous angoisse. Si vous optez pour cette voie, vous aurez besoin de continuer à fuir toute votre vie, puisque vous n’apprenez pas à diminuer vos angoisses en prenant confiance en vous. Rien n’évoluera, vous resterez bloqué dans les mêmes problèmes durant toute votre vie.

De l’autre côté, agir sans jamais vous poser et sans jamais laisser de la place à vos émotions est également une forme de fuite. La plupart du temps, on fuit les émotions qui nous font nous sentir vulnérable : la tristesse, la peur, le sentiment d’impuissance etc., et on agit pour se sentir maître de la situation. Mais c’est un leurre. C’est une fausse maîtrise, c’est du contrôle. Or le contrôle est rigide ; et si l’on gratte un peu, on trouve une immense vulnérabilité dessous qui est habilement dissimulée par un excès de confiance en soi, par de la directivité, de l’hyperactivité, par le besoin de dominer les autres d’une façon ou d’une autre, ou par le besoin de s’étourdir pour ne rien ressentir. Et pour aller mieux, vous n’avez pas besoin d’être mieux organisé, ni de construire de plan d’action sophistiqué. Vous n’avez pas besoin de la méthode dernier cri qui fait fureur, ou qui a réjoui votre collègue de travail. Vous avez besoin d’apprivoiser ce qui vous fait peur : votre vulnérabilité, le vide, le manque de maîtrise, vos émotions etc.

Équilibrer masculin et féminin en vous

Dans un cas, vous avez besoin de vous confronter au monde extérieur ; dans l’autre, à votre monde intérieur. Dans le premier cas, vous êtes plus à l’aise avec votre féminin, et vous sentez peu sûr de votre masculin, vous évitez donc tout passage à l’action. Dans le second, vous êtes plus à l’aise avec votre masculin et redoutez les ombres de votre féminin que vous connaissez mal et assimilez sans doute à de la faiblesse.

Or, seule une harmonie entre ces deux pôles Yin et Yang va vous permettre d’être quelqu’un de calme, posé, ouvert, bienveillant, mais aussi déterminé, affirmé, accompli, protecteur et rassurant pour les autres, heureux et optimiste.

Vous l’avez compris, le seul travail qui compte c’est celui que vous allez mener sur vos ombres, pour apprendre à les apprivoiser et à vous sentir plus à l’aise avec elles, que ce soit par l’action ou l’introspection.

Alors cessez de reporter à demain ce qui va vous consolider et vous permettre de devenir un homme ou une femme épanoui(e) et fier(e) de son parcours.

Happiness is a journey, not a destination.

Le travail sur soi et sur ses ombres est infini, il dure toute la vie. On ne peut jamais dire qu’on est arrivé. Mais plus on progresse, plus le chemin avec soi-même est joyeux et plus facile, moins il est douloureux.

Les plus grosses douleurs sont au début du chemin. Ensuite, à mesure que vous les apaisez, la progression devient exponentielle et plus fluide. C’est exactement comme quand vous poussez une voiture en panne qui à l’arrêt. Au démarrage, si vous êtes seul, vous pouvez avoir le sentiment que vous n’y arriverez jamais ; mais une fois que le mouvement est amorcé, les efforts nécessaires pour continuer à la faire rouler sont beaucoup plus légers. Et quand vous vous rendez compte que vous avez réussi ce qui paraissait impossible ou très difficile, un sentiment de fierté vous envahit.

C’est le but ultime de tout travail sur soi : ressentir cette fierté et cet allègement, cette force et cette douceur en vous…

Puissance et souplesse. Force et authenticité.

Que le courage soit avec vous.

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