Pourquoi a-t-on des difficultés à s’affirmer ?

La difficulté à s affirmer face aux autres est un problème très répandu. Que ce soit au travail, avec vos enfants ou vos amis, le fait de s’effacer, de laisser les autres choisir à sa place, de vouloir trop faire faire plaisir, ou de craindre la réaction des autres si l’on donne son avis finit par générer du mal-être, de la frustration voire de l’amertume difficile à vivre.

Mais comment réussir à s’affirmer sereinement ? Comment sortir du dilemme “hérisson” ou “paillasson”, c’est-à-dire n’être ni trop soumis, ni trop agressif face aux autres ?

Bien souvent le manque de confiance en soi est identifié comme étant à la source du manque d’affirmation de soi, mais ce n’est en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Le problème est bien plus complexe. Aussi tentons ensemble d’y voir plus clair dans cet article.

Un manque de confiance en soi ?

Il est évident que la difficulté à s’affirmer trouve ses racines dans un manque de confiance en soi, et une tendance à laisser les autres faire des choix à notre place, ou une peur de prendre de mauvaises décisions et de le regretter, ou encore une peur de s’affirmer maladroitement, avec trop d’agressivité, ce qui génèreraient des conséquences négatives dans les relations aux autres qui ne sont pas souhaitées.

À défaut de trouver le positionnement juste, sans doute baissez-vous les bras avec fatalité et vous refermez-vous sur vous en bougonnant ou en déprimant.

Bien sûr que vous aimeriez développer davantage de confiance en vous et vous sentir écouté et respecté, mais la seule idée de tenter de vous affirmer réveille des peurs profondes en vous ou des blocages, et vous fait abandonner l’idée.

peur de s'affirmer

Mais d’où vient donc cette peur ? Que se passe-t-il en vous dans ce face-à-face avec l’autre ?

Pourquoi vos jambes se dérobent-elles au moment où vous auriez au contraire besoin qu’elles soient bien ancrées dans le sol et qu’elles vous soutiennent dans votre affirmation de vous ? Pourquoi baissez-vous la tête et courbez-vous les épaules ? Pourquoi avez-vous envie de vous cacher dans un trou de souris ? Ou alors, pourquoi ressentez-vous de la colère et de la frustration en songeant que vos paroles se heurteront à un mur inflexible devant vous ?

Un obstacle se présente entre vous et l’affirmation que vous aimeriez développer, et vous ne réussissez pas à le franchir. Cela fait des années que vous restez paralysé et sans solution.

Une relation douloureuse avec les figures d’autorité

Dans ma pratique, j’ai remarqué bien sûr que le manque de confiance en soi est dominant chez ceux et celles qui ont une difficulté à s’affirmer face aux autres. Mais j’ai également remarqué autre chose de plus subtil et de souvent invisible ou inabordé.

Derrière leur apparence fragile, démunie et subissant la situation, ceux que j’ai rencontré à mon cabinet qui souffraient de leur difficulté à poser des limites aux autres, à défendre leur place, leurs droits, leur point de vue etc. avaient tous des relations difficiles avec l’autorité.

C’est-à-dire qu’ils avaient une expérience négative des situations où ils avaient subi l’autorité d’une figure masculine, que ce soit leur père, un professeur, un supérieur etc.

Ils ressentaient souvent beaucoup de colère vis-à-vis de ces hommes, et rejetaient d’une façon ou d’une autre (directement ou indirectement) toute forme d’autorité venant de leur part. Et ils faisaient preuve à ce moment-là d’une force de caractère qui dénotait avec la fragilité ou l’impuissance qu’ils évoquaient quand il s’agissait de s’affirmer dans leur vie.

Ce que je veux dire par là, c’est qu’au moment de faire face à cette autorité qu’ils vivaient comme abusive, injuste, violente etc., ils savaient aller chercher en eux une force puissante pour s’y opposer, que ce soit directement ou plus souvent en louvoyant habilement.

Les enfants sont très intelligents et connaissent leurs parents par cœur. De tout temps ils ont su instinctivement où appuyer et comment réagir face à leurs parents pour échapper au mieux à ce qu’ils vivaient comme désagréable ou injuste. Et c’est bien naturel.

Mais c’est aussi un problème parfois.

Et, on touche-là du doigt ce qui est au cœur du problème de l’affirmation de soi.

En effet, comment réussir à s’affirmer si les modèles d’autorité que l’on a réveillent des émotions négatives aussi fortes ? Quels repères peut-on avoir ? Si je ne veux pas moi-même ressembler à ces figures d’autorité que je connais, comment puis-je moi-même me trouver sereinement dans cette place d’autorité face aux autres ?

Là est le blocage profond.

Sous l’autoritarisme apparent, une incapacité à affirmer son autorité

Si l’on creuse un petit peu plus loin, on va s’apercevoir d’autre chose.

Prenons la situation de Paul qui a du mal à exercer une bonne autorité avec ses enfants de 4 et 7 ans. Il ne se sent pas écouté, il voit bien que ses enfants le poussent à bout régulièrement et testent ses limites quand il leur demande de ranger leurs jouets, de venir ses brosser les dents ou d’aider à mettre la table.

Ils essaient de gagner du temps, ils multiplient les “oui mais attends, d’abord…”, “c’est pas moi qui ai joué avec…”, “je veux que ce soit maman qui me brosse les dents”, ou font semblant de ne rien entendre quand il s’adressent à eux. Ils peuvent même parfois se montrer insolents et lui répondre agressivement, ou utiliser leur mère pour tenter d’échapper à ce qui leur est demandé.

Il a souvent le sentiment que ses enfants défient son autorité, et il a raison. Paul oscille en permanence entre multiplier les explications et tenter de les convaincre d’obéir, s’énerver brutalement quand il n’en peut plus et que sa patience est à bout, ou baisser les bras et tourner les talons quand il se sent totalement impuissant face à eux.

Or, si on s’intéresse un peu aux relations que Paul entretenait avec son père quand il était enfant et adolescent, on découvre vite qu’il n’avait que peu de respect pour celui-ci, et que la colère est toujours bien vive et présente à son égard encore aujourd’hui. Il décrit un père colérique, qui criait pour se faire obéir, et qui lui faisait peur.

C’était un petit garçon plutôt effacé et soumis en apparence, proche de sa mère. Mais ce qu’il ne dit pas, ou ce qu’il a oublié, c’est qu’en réalité Paul obéissait rarement à son père. Il décrit un père autoritaire, qui criait et faisait tomber les punitions, et pourtant, ce père n’avait que très rarement le dernier mot. Son père usait de son autorité pour punir Paul ou le rabrouer, mais il ne réussissait jamais à amener Paul à suivre ses règles et à y obéir. Et encore moins à le respecter.

Derrière ce père autoritaire se cachait un homme impuissant face à son fils. Qui criait, punissait, râlait, pour sauver la face, mais n’obtenait que rarement obéissance, et quand c’était le cas, c’était souvent par la peur. Et l’obéissance obtenue par la peur n’a rien à voir avec de l’autorité et n’est en rien structurante pour les enfants et les adultes qu’ils deviendront.

Aujourd’hui Paul ne veut absolument pas ressembler à son père dans ses relations avec ses enfants. Et en apparence il ne lui ressemble pas. Il ne punit que très peu ses enfants, n’obtient pas leur obéissance par la peur, il les écoute beaucoup et est beaucoup plus patient que son père. Et pourtant le fond est le même. Il essaie de forcer l’obéissance, en expliquant encore et encore les règles et en criant quand il se sent à bout, et il n’est pas davantage respecté par ses enfants que lui-même ne respectait l’autorité de son père.

Il se heurte chaque jour à la difficulté de se faire obéir d’eux pour des choses basiques et nécessaires dans la vie de la maison.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Et quelles les implications de cette situation du passé sur la capacité actuelle de Paul à s’affirmer dans sa vie d’adulte ?

On ne peut pas s’affirmer soi-même tant que l’on n’accepte pas l’autorité des figures paternelles

En fait, Paul n’a jamais expérimenté une relation d’autorité posée et acceptée. Il n’a jamais bénéficié de la présence bienveillante et cadrante d’un père qu’il aurait respecté, et qui aurait su imposer son autorité. Imposer son autorité cela signifie pour ce père faire cesser l’opposition naturelle de son fils pour la remplacer par l’apprentissage de règles structurantes pour sa vie future.

Le problème dans le cas de Paul, c’est qu’en réussissant à rejeter une autorité qu’il ressentait comme injuste, voire violente, il a appris à son insu à percevoir négativement toute forme d’autorité et à ne se fier qu’à lui-même.

Or, dans chaque relation tout est triangulaire comme le montre notamment Lise Bourbeau dans son livre La guérison des 5 blessures. Cela signifie que si Paul n’accepte pas l’autorité de son père sur lui, il ne pourra pas non plus accepter l’autorité qu’il va tenter d’avoir sur lui-même dans certaines situations, et il ne pourra pas non plus avoir d’autorité sur les autres là où il serait légitime pour cela ou là où ce serait utile.

Ce dont souffre Paul, et qui l’empêche de s’affirmer sereinement face à ses enfants et dans la vie en général, c’est de continuer encore aujourd’hui de s’opposer à l’autorité de son père, même si celui-ci est décédé depuis dix ans maintenant.

Le rôle primordial des castrations symboligènes pour réussir à s’affirmer

Pourquoi est-ce donc si important de cesser de s’opposer à son père et aux figures d’autorité qui se succèderont et d’accepter leur légitimité, même si ce sont des personnes imparfaites, qui commettent des erreurs et sont parfois injustes dans leur jugement et leurs décisions ?

Parce qu’en rejetant l’autorité de son père et les règles qu’il posait, Paul rejetait également ce que Françoise Dolto appelait des castrations symboligènes. C’est-à-dire des limites structurantes.

Ce que les pères ont à apprendre à leurs enfants, c’est à accepter des limites à leurs désirs, c’est-à-dire accepter la frustration, accepter que leurs parents puissent leur dire non pour leur bien et le bien de toute la famille, accepter d’attendre, accepter de suivre des règles positives afin de développer peu à peu une autodiscipline, afin d’apprendre à se comporter d’une façon juste avec les autres, et donc sortir de la loi du plus fort.

accepter l'autorité du père pour réussir à s'affirmer avec les autres

Là est l’enjeu profond de l’autorité paternelle. Fixer un cadre structurant qui est une limite aux désirs tout-puissants et insatiables (je veux tout, tout de suite, je ne supporte pas la frustration et je ne suis finalement jamais satisfait). Un cadre qui sera un guide solide tout au long de sa vie, dans ses relations avec soi-même, avec les autres et avec la planète. Si je me respecte, les autres me respecteront, je pourrais également les respecter et respecter mon environnement. Tout est interconnecté.

C’est pour cette raison que si je ne réussis pas à m’affirmer, c’est-à-dire à poser mon autorité de façon juste face aux autres, c’est avant tout parce que je ne réussis pas à instaurer cette même autorité en moi-même (c’est-à-dire construire une autodiscipline), et que je n’accepte pas la juste autorité des autres.

Vous voyez que l’on va ainsi bien plus loin que de constater un manque de confiance en soi. Le manque de confiance en soi est bien réel, mais il est lui aussi une conséquence de ce problème de rapport à l’autorité.

Accepter et pardonner les erreurs de votre père…

Pouvoir s’affirmer, c’est-à-dire poser des limites aux autres, leur rappeler que l’on existe, que l’on a peut-être des idées ou des désirs différents des leurs et qui sont profondément respectables, suppose d’accepter au préalable les limites que les autres pourront nous poser. Même si l’on n’est au fond pas d’accord avec ces limites. Et c’est là où la question de l’imperfection et des erreurs paternelles sont importantes à pardonner et à accepter.

Je reconnais l’autorité de mon père, même dans son imperfection et ses erreurs, parce qu’il est mon père, que je l’aime et le respecte dans son humanité et ses failles. Et en retour, je suis moi aussi aimé et accepté dans mon humanité, mes erreurs et mes failles.

Même si votre père s’est montré imparfait, blessant, faible ou autoritaire, critique ou permissif, c’est important pour vous d’apprendre à aimer le bon en lui, ses bonnes intentions à votre égard, et à pardonner ses erreurs, ses faiblesses et ses rigidités. Il a fait de son mieux, avec ses ressources, tout comme vous faites aujourd’hui de votre mieux avec vos enfants, vos amis, vos subordonnés, avec les ressources dont vous disposez à l’instant présent. En cela vous êtes respectable, tout comme votre père l’était.

… pour libérer votre puissance intérieure

Vous le comprenez, réussir à vous affirmer aujourd’hui vous demande de lâcher prise sur vos attentes d’enfant vis-à-vis de votre père. C’est-à-dire accepter qu’il ne sera jamais le père idéal que vous attendiez mais qu’il n’en est pas moins aimable et respectable dans son humanité. Quand vous serez en paix avec cela, vous verrez qu’un ancrage profond se produira en vous, vous vous sentirez libéré, imprégné d’un calme profond, et d’une capacité nouvelle à vous affirmer.

Vous n’aurez plus peur des réactions des autres ni de leur jugement parce que vous vous aimerez beaucoup plus profondément. Et cela fera grandir une confiance en vous immense et sereine.

Vous réussirez à vous libérer de certaines habitudes toxiques telles que fumer trop, manger trop, être addict à votre téléphone, aux jeux vidéos, aux séries télé, au sucre, à certaines relations que vous savez néfastes mais dont vous n’arrivez pas à vous éloigner, etc.

Et vous accomplirez beaucoup plus facilement une quantité de petites tâches pour lesquelles vous aviez tendance à procrastiner, comme ranger vos papiers, tenir vos comptes plus régulièrement, vous atteler aux petites réparations de la maison, faire davantage de sport, vous coucher plus tôt, aller chez le coiffeur plus souvent, prendre soin de vos ongles ou de vos affaires, etc.

Vous allez ainsi détoxifier toute votre vie et libérer une énergie qui était bloquée jusque-là.

En effet, tant que l’on n’a pas appris à canaliser ses désirs, c’est le principe de plaisir qui domine notre vie, et l’on se trouve en difficultés pour renoncer à ce qui nous fait envie tout de suite, maintenant, pour choisir de faire quelque chose de frustrant, de barbant, de désagréable peut-être, mais qui serait bon pour nous et sain.

C’est l’enfant en nous qui est alors aux commandes, et qui réagit selon ses envies en négligeant ce qui serait plus sage de faire. Ce qui serait plus raisonnable se révèle plus difficile à faire, mais c’est aussi ce qui va vous apporter une fierté beaucoup plus grande que le fait de céder à vos désirs dans l’instant présent.

Dompter vos désirs, accepter les règles qui ne vous plaisent pas, en plus de vous permettre de vous affirmer, va renforcer votre capacité à vous autodiscipliner pour le meilleur, et donc vous libérer de vos habitudes toxiques qui vous tirent vers le bas, et de vos autosabotages.

Si vous voulez réussir à vous affirmer sereinement face aux autres et occuper pleinement votre place, alors vous savez désormais que le chemin passe par l’apaisement et la réconciliation avec votre père et son autorité défaillante.

Bonne route à vous, et n’oubliez pas que la vie est une succession d’épreuves à traverser et de lumières à apporter à l’obscurité. Alors voici une sagesse que j’aime beaucoup pour vous accompagner dans ce périple :

Happiness is a journey, not a destination…

Prenez plaisir à chaque pas posé au sol qui vous fait avancer chaque jour un peu plus. Et soyez fier de vous, y compris quand vous butez sur des obstacles.

Félicitez-vous pour votre courage et votre persévérance, et quand vous sentez vos forces faiblir, songez au fait que nulle tempête n’a duré éternellement, et que le ciel bleu revient toujours, accompagné de magnifiques rayons de soleil.

La vie n’est qu’une succession de cycles qui testent votre courage pour vous amener à vous élever chaque fois davantage et à devenir plus sage, plus juste, plus fort et plus serein.

Aujourd’hui votre défi est d’aller chercher le pardon et l’acceptation au fond de votre cœur.

Courage, vous pouvez le faire, et le monde que vous découvrirez derrière va transformer votre vie.

Anne-Claire

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